{"id":80,"date":"2016-08-12T14:05:54","date_gmt":"2016-08-12T13:05:54","guid":{"rendered":"http:\/\/commentchangersavie.fr\/?p=80"},"modified":"2018-09-06T08:54:14","modified_gmt":"2018-09-06T07:54:14","slug":"changer-de-vie-une-aventure-a-haut-rique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/commentchangersavie.fr\/index.php\/2016\/08\/12\/changer-de-vie-une-aventure-a-haut-rique\/","title":{"rendered":"Changer de vie une aventure \u00e0 haut risque"},"content":{"rendered":"<header>\n<div id=\"article_haut\">\n<div id=\"barre_utilitaires\">\n<div id=\"reseaux_sociaux_article\">\n<div id=\"boutonFacebook\"><\/div>\n<div id=\"boutonTwitter\">\n<h1>Tout plaquer\u00a0: une aventure \u00e0 haut risque<\/h1>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"clear\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/header>\n<div id=\"contenu_article\">\n<aside>\n<div id=\"mag\"><a href=\"http:\/\/www.scienceshumaines.com\/changer-sa-vie_fr_346.htm\">Article issu du num\u00e9ro<br \/>\n<img class=\"magazine alignleft\" title=\"Consultez le sommaire du magazine Changer sa vie\" src=\"http:\/\/commentchangersavie.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/12415977692_205_258.jpg\" alt=\"Consultez le sommaire du magazine Changer sa vie\" width=\"186\" \/><\/a><\/p>\n<p id=\"blocMagConsultez\" class=\"center\">\n<\/div>\n<\/aside>\n<div id=\"texte_article\">\n<div class=\"entete gras\">En Europe, trois salari\u00e9s sur quatre r\u00eavent de tout quitter pour changer de vie. La bifurcation professionnelle n\u2019est souvent qu\u2019un pr\u00e9texte pour assouvir un d\u00e9sir plus profond\u2009: la r\u00e9alisation de soi.<\/div>\n<p>Un lundi d\u2019octobre, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. Il est d\u00e9j\u00e0 tard. La bourse a cl\u00f4tur\u00e9 en hausse et les<em>traders<\/em>, vaguement rassur\u00e9s, sont rentr\u00e9s chez eux. Seule une longue silhouette arpente encore la salle des march\u00e9s. Henry Quinson, brillant <em>golden boy<\/em>, d\u00e9pose sur les bureaux d\u00e9sert\u00e9s d\u2019\u00e9nigmatiques messages d\u2019\u00ab\u2009\u00e0-dieu\u2009\u00bb. Sp\u00e9cialiste des options de change, qu\u2019il enseigne \u00e0 Sciences-Po, fin limier de la politique \u00e0 laquelle il s\u2019est aguerri au sein de l\u2019UDF, ce<em> trader<\/em> courtis\u00e9 vient de prendre, \u00e0 28 ans, une d\u00e9cision aussi brutale qu\u2019inattendue\u2009: quitter la ville, sortir de la course et rejoindre un monast\u00e8re pour le restant de ses jours (1).<\/p>\n<p>\u00c0 300 kilom\u00e8tres de l\u00e0, ce m\u00eame lundi soir, \u00e0 quoi songe Michel Mac\u00e9\u2009? Le regard noy\u00e9 dans le lac des Settons, en plein c\u0153ur du Morvan, peut-\u00eatre est-il saisi de doutes. Quelques semaines plus t\u00f4t, ce salari\u00e9 sans histoires a \u00ab\u2009p\u00e9t\u00e9 les plombs\u2009\u00bb. Du jour au lendemain, il a plaqu\u00e9 son boulot en banlieue parisienne, son pavillon \u00e0 peine construit, son quotidien, pour r\u00e9inventer sa vie \u00e0 la campagne. Il voulait rompre, dit-il, avec son ancien travail, dans une usine de chaudi\u00e8res, avec pour tout horizon des cha\u00eenes de montage et une ligne de chemin de fer. Il r\u00eavait d\u2019une herbe plus verte, ailleurs. Il avait <em>\u00ab\u2009des fantasmes, mais pas de projets\u2009\u00bb<\/em>. Puis <em>\u00ab\u2009lors d\u2019un week-end de randonn\u00e9e dans le Morvan, avec ma compagne, on a d\u00e9couvert que La Vieille Diligence \u00e9tait \u00e0 vendre\u2009\u00bb<\/em>. Une ruine et quelques chevaux, au milieu de nulle part, qui leur ont fait miroiter un avenir serein au contact de la nature. Ils d\u00e9couvrent \u00e0 pr\u00e9sent l\u2019envers du d\u00e9cor\u2009: <em>\u00ab\u2009La campagne est sinistre quand il pleut. Et le silence, ce silence effrayant et massif, comment l\u2019appr\u00e9hender\u2009?\u2009\u00bb<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Combien sont-ils, comme Henry ou Michel, \u00e0 avoir largu\u00e9 les amarres de leur quotidien\u2009? Combien sont-ils les d\u00e9\u00e7us du voyage pour qui l\u2019aventure a tourn\u00e9 court\u2009? Combien de r\u00e9ussites, d\u2019\u00e9checs et de r\u00e9orientations\u2009? Dans tous les cas, les statistiques officielles restent muettes. Chose inhabituelle, les seuls chiffres dont nous disposons concernent les r\u00eaves, et non les faits. Les salari\u00e9s europ\u00e9ens seraient 74\u2009% \u00e0 songer \u00e0 se reconvertir, d\u2019apr\u00e8s une \u00e9tude commandit\u00e9e par le site d\u2019offres d\u2019emploi Monster.fr, et seuls 8\u2009% se d\u00e9clarent satisfaits de leur carri\u00e8re actuelle. Le d\u00e9sir de fuite semble donc \u00eatre la chose la mieux partag\u00e9e au travail. La crise \u00e9conomique actuelle, loin de d\u00e9courager les aspirants au changement, semble m\u00eame pr\u00e9cipiter les r\u00e9orientations professionnelles volontaires. <em>\u00ab\u2009Puisque rien n\u2019est vraiment s\u00fbr, autant faire ce dont on a vraiment envie, <\/em>note Catherine Sandner, auteure de<em> Changer de vie. Du break \u00e0 la reconversion<\/em> (2). <em>D\u2019ailleurs, aujourd\u2019hui, personne ne s\u2019en prive. Tel consultant plaque tout pour devenir moine bouddhiste, les \u201cj\u2019aurais voulu \u00eatre un artiste\u201d troquent leur tailleur pour le costume de saltimbanque, les Franciliens d\u00e9barquent par familles enti\u00e8res en province pour se lancer dans les chambres d\u2019h\u00f4tes, les stages \u00e9questres ou les messages<\/em> new age<em>\u2026\u2009\u00bb<\/em><\/p>\n<p>S\u2019agit-il d\u2019un mouvement social, le signe d\u2019une recomposition en cours\u2009? Les sociologues h\u00e9sitent. Pour Catherine N\u00e9groni, qui a consacr\u00e9 sa th\u00e8se \u00e0 la <em>Reconversion professionnelle volontaire<\/em> (3), ce mouvement est \u00e0 la fois individuel et social. Certes, l\u2019individu, majeur et responsable, demeure l\u2019acteur principal de sa reconversion. Mais la soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 tant valoriser le changement personnel, transforme la bifurcation professionnelle en exp\u00e9rience sociale et l\u2019anticonformisme en norme. L\u2019id\u00e9e qu\u2019une autre vie est possible s\u2019est immisc\u00e9e dans toutes les strates de la soci\u00e9t\u00e9, balayant au passage les valeurs de fid\u00e9lit\u00e9 et de stabilit\u00e9 qui pr\u00e9valaient jusque dans les ann\u00e9es 1970. Selon le sociologue Fran\u00e7ois Dubet, plus qu\u2019\u00e0 une tentation, nous faisons face aujourd\u2019hui \u00e0 une injonction. Dans une soci\u00e9t\u00e9 incertaine o\u00f9 se dissolvent couple, famille et structures anciennes de solidarit\u00e9, chacun est appel\u00e9 \u00e0 bouleverser les sch\u00e9mas pr\u00e9\u00e9tablis, \u00e0 inventer son avenir, \u00e0 s\u2019assumer, \u00e0 s\u2019\u00e9panouir (4).<\/p>\n<h2>Rompre\u00a0! Mais avec quoi\u2009?<\/h2>\n<p>Dans un tel contexte, les salari\u00e9s partagent tous les m\u00eames r\u00eaves\u2009: devenir son propre patron, \u00eatre artiste, voyager, cr\u00e9er son activit\u00e9 ou s\u2019installer \u00e0 la campagne. Tous ces projets \u2013 ou fantasmes \u2013 ob\u00e9issent \u00e0 la m\u00eame logique\u2009: sortir du salariat, prendre sa vie en main, agir plut\u00f4t que subir. Certains sociologues y voient une strat\u00e9gie d\u00e9fensive face \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 de l\u2019emploi (5). En r\u00e9alit\u00e9, le d\u00e9sir de changement se r\u00e9v\u00e8le toujours plus complexe, et fondamentalement ambivalent. Le salari\u00e9 oscille en permanence entre d\u00e9fection et engagement, entre angoisse et exaltation. Des interrogations existentielles se greffent sur le projet de bifurcation professionnelle\u2009: on cherche \u00e0 rompre, mais avec quoi\u2009? Avec son m\u00e9tier, avec son environnement, avec son pass\u00e9\u2009? Et pour aller vers o\u00f9, vers quoi, pourquoi\u2009? Sur le site de <em>Sciences Humaines<\/em>, un internaute anonyme r\u00e9sume cette confusion des sentiments\u2009: <em>\u00ab\u2009J\u2019ai 31 ans et j\u2019ai le sentiment de ne pas \u00eatre \u00e0 ma place ici et maintenant dans ma vie. Tout va bien pourtant, mais je ressens le terrible besoin de voyager, tout quitter et changer de vie. Serait-ce une fuite que de vouloir partir, de l\u2019immaturit\u00e9, ou bien un appel de la petite voie int\u00e9rieure\u2009? Si quelqu\u2019un peut me conseiller\u2026<\/em> (6)<em>\u2009\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce terrible besoin se fait strident ou sourd, selon les moments. Pour la plupart des gens, le changement radical reste une potentialit\u00e9 qui ne se r\u00e9alisera jamais. Ceux qui sont pass\u00e9s \u00e0 l\u2019acte racontent toujours le m\u00eame sc\u00e9nario\u2009: il a fallu un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9clencheur, un d\u00e9clic ou une crise. La sociologue Claire Bidart, qui a r\u00e9alis\u00e9 une enqu\u00eate qualitative (7), utilise la m\u00e9taphore de la cocotte-minute. Pendant quelques mois, la pression \u2013 professionnelle, familiale ou existentielle \u2013 ne cesse de monter. Tr\u00e8s souvent, c\u2019est une rupture amoureuse ou un divorce qui fait \u00ab\u2009sauter le couvercle\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>La naissance d\u2019un enfant, le deuil d\u2019un parent, l\u2019exp\u00e9rience de la maladie font aussi partie des \u00e9v\u00e9nements qui conduisent \u00e0 la remise \u00e0 plat de son exp\u00e9rience. Parfois, un simple changement dans l\u2019organisation du travail sert de d\u00e9clic\u2009: une transformation des modes de production, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouveau directeur ou la restructuration d\u2019un service. Michel Mac\u00e9, lui, n\u2019a pas support\u00e9 l\u2019irruption de la programmation assist\u00e9e par ordinateur (PAO) dans son usine de chaudi\u00e8res\u2009: <em>\u00ab\u2009La PAO, \u00e7a a tout chang\u00e9. Avant, nous travaillions dans une ambiance bon enfant. On se levait, on se baladait, on discutait\u2026 Soudain, chacun s\u2019est retrouv\u00e9 derri\u00e8re un ordinateur. On ne se parlait plus. On ne plaisantait plus. Un matin, j\u2019ai eu un choc. Je me suis dit\u2009: je ne vais pas pouvoir passer mes journ\u00e9es enti\u00e8res derri\u00e8re un \u00e9cran. L\u2019id\u00e9e de partir est n\u00e9e, pour moi, ce matin-l\u00e0.\u2009\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Cette crise ouvre un espace de libert\u00e9. Un d\u00e9sir professionnel enfoui depuis longtemps ressurgit (8). On veut mettre au diapason convictions personnelles et mode de vie. On souhaite se consacrer davantage aux autres\u2026 Dans presque tous les cas, la r\u00e9alisation de soi prime sur le contenu du projet professionnel. Ce poids existentiel s\u2019est immisc\u00e9, mine de rien, dans notre mani\u00e8re de nommer le changement. <em>\u00ab\u2009Il y a encore dix ans,<\/em> rappelle C. N\u00e9groni, <em>l\u2019id\u00e9e de reconversion professionnelle n\u2019\u00e9tait pas entr\u00e9e dans le champ social. On parlait seulement de reconversion industrielle. Or, l\u2019id\u00e9e de reconversion professionnelle, qui s\u2019est impos\u00e9e aujourd\u2019hui, va bien au-del\u00e0 du changement biographique. Elle porte en elle l\u2019id\u00e9e de conversion, de retour \u00e0 soi, de rencontre avec une partie de soi-m\u00eame, d\u2019o\u00f9 d\u00e9bouchera, peut-\u00eatre, une importante transformation.\u2009\u00bb<\/em><\/p>\n<h2>\u00ab\u2009S\u2019engager r\u00e9ellement\u2009\u00bb<\/h2>\n<p>N\u2019y a-t-il pas un risque \u00e0 attendre autant d\u2019un changement de cap\u2009? Se trouver soi-m\u00eame en changeant de m\u00e9tier ou de lieu de vie rel\u00e8ve peut-\u00eatre de l\u2019illusion. \u00c0 trop esp\u00e9rer, \u00e0 trop s\u2019investir, on est souvent d\u00e9\u00e7u. <em>\u00ab\u2009C\u2019est comme dans une histoire d\u2019amour,<\/em> souffle Florence Dumont, ancienne employ\u00e9e dans l\u2019administration reconvertie dans l\u2019h\u00f4tellerie. <em>Au d\u00e9but, tout est beau, tout est rose. On id\u00e9alise sa nouvelle vie, on en nie les d\u00e9fauts, on se dit que c\u2019est la plus belle chose qui nous soit arriv\u00e9e. Puis vient le moment de la d\u00e9sillusion. Rien ne va plus, l\u2019argent ne rentre pas, le m\u00e9tier n\u2019est pas si r\u00e9jouissant. Les crises se succ\u00e8dent, on s\u2019\u00e9nerve, on pleure, on d\u00e9sesp\u00e8re. Il faut rompre \u00e0 nouveau, admettre qu\u2019on s\u2019est tromp\u00e9, revenir en arri\u00e8re. Ou alors, il faut prendre la d\u00e9cision de s\u2019engager r\u00e9ellement, en connaissance de cause, et accepter qu\u2019\u00e0 la phase initiale de passion aveugle succ\u00e8de une phase de maturation vers un projet professionnel raisonnable pour les autres et acceptable pour soi.\u2009\u00bb<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois-Xavier Demaison, c\u00e9l\u00e8bre fiscaliste reconverti dans le <em>one man show<\/em>, insiste aussi sur la dimension temporelle de cette exp\u00e9rience\u2009: <em>\u00ab\u2009Il faut cinq ans pour r\u00e9ussir du jour au lendemain\u2009!\u2009\u00bb<\/em>, ironise-t-il. F. Dumont, deux ans apr\u00e8s sa reconversion, h\u00e9site encore entre la pers\u00e9v\u00e9rance et la r\u00e9tractation. H. Quinson et M. Mac\u00e9 ont choisi, au milieu du gu\u00e9, de r\u00e9orienter leur trajectoire. L\u2019ancien <em>trader<\/em> a quitt\u00e9 le monast\u00e8re cinq ans apr\u00e8s y \u00eatre entr\u00e9, sans pour autant se d\u00e9froquer. <em>\u00ab\u2009Moine des cit\u00e9s\u2009\u00bb<\/em>, il a choisi de se consacrer \u00e0 l\u2019enseignement dans les quartiers nord de Marseille. <em>\u00ab\u2009Pour moi,<\/em> explique-t-il, <em>l\u2019id\u00e9e de vocation a \u00e9volu\u00e9. Je la percevais au d\u00e9part comme une n\u00e9cessit\u00e9 absolue, une forme de soumission \u00e0 Dieu. Aujourd\u2019hui, j\u2019ai d\u00e9couvert que j\u2019\u00e9tais libre. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019inventer ma vie et de cr\u00e9er mon activit\u00e9 en fonction de mes talents. Or je savais par mon exp\u00e9rience que j\u2019\u00e9tais meilleur dans l\u2019enseignement que dans la fabrication de fromages\u2026\u2009\u00bb<\/em><\/p>\n<p>M. Mac\u00e9, de son c\u00f4t\u00e9, s\u2019est invent\u00e9 un nouveau m\u00e9tier\u2009: chuchoteur. Comme le h\u00e9ros de Nicholas Evans, incarn\u00e9 au cin\u00e9ma par Robert Redford, il murmure \u00e0 l\u2019oreille des chevaux. Pour assurer sa subsistance, il a transform\u00e9 La Vieille Diligence en maison d\u2019h\u00f4te. Il s\u2019est <em>\u00ab\u2009d\u00e9sintoxiqu\u00e9 du bruissement de la ville\u2009\u00bb<\/em> et a \u00e9crit un livre sur l\u2019\u00e9quitation \u00e9thologique (9).<\/p>\n<h2>Changer d\u2019identit\u00e9\u2009?<\/h2>\n<p>Florence, Henry et Michel ont-ils chang\u00e9 eux-m\u00eames en changeant le d\u00e9cor de leur existence\u2009? Leurs amis estiment que non. Mais en leur for int\u00e9rieur, tous se sentent <em>\u00ab\u2009un peu transform\u00e9s\u2009\u00bb<\/em>, <em>\u00ab\u2009enrichis\u2009\u00bb<\/em> malgr\u00e9 la baisse significative de leurs revenus. Pour le sociologue Claude Dubar, c\u2019est \u00e0 une <em>\u00ab\u2009red\u00e9finition de soi\u2009\u00bb<\/em> qu\u2019oblige le changement de vie (10). \u00c0 un moment ou \u00e0 un autre, la r\u00e9flexion sur soi-m\u00eame, sur ses capacit\u00e9s, sur son histoire personnelle appara\u00eet comme incontournable. Ce travail sur soi peut d\u00e9boucher, dans le meilleur des cas, sur une conversion identitaire. L\u2019individu cesse de s\u2019identifier \u00e0 h\u00e9ritage familial ou \u00e0 un environnement social\u2009: <em>\u00ab\u00a0Il se convertit \u00e0 une autre d\u00e9finition de soi, des autres, du monde<\/em> (11).<em>\u2009\u00bb<\/em> Mais ce travail sur soi a un revers. Il est susceptible de provoquer un repli ou une d\u00e9pression. Les individus contemporains, <em>\u00ab\u2009oblig\u00e9s d\u2019\u00eatre libres et de r\u00e9ussir, doivent se consid\u00e9rer comme la cause de leur propre malheur s\u2019ils n\u2019y parviennent pas\u2009\u00bb<\/em>, souligne Fran\u00e7ois Dubet, rejoint sur ce point par Alain Ehrenberg, auteur de <em>La Fatigue d\u2019\u00eatre soi<\/em> (12).<\/p>\n<p>Cette face sombre du changement de vie, qui s\u2019en soucie\u2009? Les magazines, \u00e9pris de belles histoires, renvoient souvent \u00e0 des exemples de libert\u00e9 conquise et d\u2019\u00e9panouissement revendiqu\u00e9. D\u2019o\u00f9 le risque, pour beaucoup, de changer de vie \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, sans conscience des renoncements qu\u2019ils devront faire, des interrogations auxquelles ils devront faire face. Certes, il existe aujourd\u2019hui une pl\u00e9iade de r\u00e9ponses institutionnelles qui permettent d\u2019accompagner le changement\u2009: le cong\u00e9 individuel de formation (CIF), la validation des acquis de l\u2019exp\u00e9rience (VAE), la convention de reclassement personnalis\u00e9 (CRP), le bilan de comp\u00e9tences, etc. Mais en d\u00e9pit de tous ces dispositifs, l\u2019aspirant \u00e0 la reconversion se retrouve toujours, au moment du choix comme \u00e0 l\u2019heure du bilan, seul face \u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Sur le site de <em>Sciences Humaines<\/em>, personne n\u2019a r\u00e9pondu au jeune homme qui cherchait conseil. Doit-il<em> \u00ab\u2009voyager, tout quitter et changer de vie\u2009\u00bb<\/em>, comme il l\u2019envisage, ou doit-il privil\u00e9gier la continuit\u00e9 de son existence\u2009? Son tourment, pourtant, n\u2019a rien d\u2019hypermoderne. Ce mal connu ressemble furieusement \u00e0 celui d\u2019un autre jeune homme, plus d\u2019un si\u00e8cle plus t\u00f4t. \u00c0 la fin de l\u2019automne 1902, Franz Kappus h\u00e9site \u00e0 d\u00e9laisser la carri\u00e8re militaire qui s\u2019offre \u00e0 lui pour embrasser la vocation d\u2019\u00e9crivain. Il cherche une r\u00e9ponse aupr\u00e8s du po\u00e8te Rainer Maria Rilke. <em>\u00ab\u2009Votre regard est tourn\u00e9 vers l\u2019ext\u00e9rieur, et c\u2019est d\u2019abord cela que vous ne devriez d\u00e9sormais plus faire,<\/em> r\u00e9pond R.M. Rilke. <em>Personne ne peut vous conseiller ni vous aider, personne. Il n\u2019y a qu\u2019un seul moyen\u2009: plongez en vous-m\u00eame <\/em>(\u2026).<em> Avant toute chose, demandez-vous \u00e0 l\u2019heure la plus tranquille de votre nuit\u2009: est-il n\u00e9cessaire que j\u2019\u00e9crive\u2009? Creusez en vous-m\u00eame en qu\u00eate d\u2019une r\u00e9ponse profonde. Et si elle devait \u00eatre positive, si vous \u00e9tiez fond\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette question grave par un puissant et simple\u2009: \u201cJe ne peux pas faire autrement\u201d, construisez alors votre existence en fonction de cette n\u00e9cessit\u00e9.\u2009\u00bb<\/em>(<em>Lettres \u00e0 jeune po\u00e8te<\/em>, Paris, le 17 f\u00e9vrier 1903) Par-del\u00e0 les \u00e9poques et les fronti\u00e8res, la le\u00e7on de R.M. Rilke parle toujours \u00e0 celles et ceux qui r\u00eavent d\u2019\u00e9pouser une vie nouvelle.<\/p>\n<\/div>\n<p><strong><em>Si vous avez vous-m\u00eame un t\u00e9moignage, n\u2019h\u00e9sitez pas et nous le publierons<\/em><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.open-mag.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #ff0000;\">OpenMag un net-mag optimiste<\/span><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/transformezvotrevie.wordpress.com\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">PARTENAIRE<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout plaquer\u00a0: une aventure \u00e0 haut risque Article issu du num\u00e9ro En Europe, trois salari\u00e9s sur quatre r\u00eavent de tout quitter pour changer de vie. La bifurcation professionnelle n\u2019est souvent qu\u2019un pr\u00e9texte pour assouvir un d\u00e9sir plus profond\u2009: la r\u00e9alisation de soi. Un lundi d\u2019octobre, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980. 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